Pyrochroa serraticornis, le Mazarin des écorces

Pyrochroa serraticornis – forêt de Saint-Germain-en-Laye © Gilles Carcassès

Un mâle, reconnaissable à ses antennes en forme de peigne

L’espèce est commune, mais c’est toujours une belle surprise d’observer ce magnifique coléoptère au bord d’un chemin forestier. Les adultes de Pyrochroa serraticornis sont faciles à observer sur la végétation basse, parfois sur les fleurs. Ils s’éloignent peu des zones boisées. Ses larves prédatrices vivent sous les écorces des troncs pourris.

Larve de Pyrochroa – Vauréal (95) © Gilles Carcassès

Les larves de Pyrochroa sont remarquablement plates, ce qui leur permet de se mouvoir avec agilité entre le bois pourri et l’écorce et d’y chasser toutes sortes de larves d’insectes xylophages. On les reconnaît à leur couleur jaune et aux deux cerques orange à pointe noire qui prolongent leur abdomen.

Source :

Pyrochroa serraticornis, fiche descriptive dans l’INPN

Andrena gravida

Andrena gravida – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Cette andrène butine les passerages en fleurs en compagnie d’une Andrena cineraria. Ici, c’est une autre grande classique du mois de mai, reconnaissable à son abdomen noir fortement barré de larges bandes de poils blancs : Andrena gravida. D’autres critères confirment l’espèce : le face, les tempes et les côtés du thorax sont pourvus d’une longue pilosité blanche. Ces poils sont blonds chez Andrena flavipes qui lui ressemble.

Andrena gravida – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

On voit sur ces photos que toute la patte postérieure est équipée pour transporter le pollen : le fémur, le tibia et le premier article du tarse sont recouverts de poils très fins sur lesquels se fixent les grains de pollen. Cette espèce creuse des terriers dans des sols peu végétalisés en situation ensoleillée. On la voit voler et visiter les fleurs essentiellement en avril.

Retrouvez une autre andrène :

Andrena fulva

Doronicum plantagineum

Doronicum plantagineum – Orgeval © Gilles Carcassès

Le doronic à feuilles de plantain est une Asteraceae des boisements frais, rare en Ile-de-France. Elle colonise ici le pied d’une haie en bord de chemin dans le fond d’un vallon.

Doronicum plantagineum – Orgeval © Gilles Carcassès

Ses fleurs d’une couleur très lumineuse sont remarquables par leur grande taille, ce qui a valu à la plante d’être cultivée pour l’ornement des jardins. Elle peut y côtoyer d’autres espèces de doronics d’origine géographique plus lointaine et les hybridations ne sont pas à exclure. La plante cultivée s’échappe parfois et peut se naturaliser en situations favorables, si bien qu’il est souvent difficile de savoir si l’espèce est indigène ou pas.

Dans les Yvelines, la présence de cette plante est attestée en forêt de Saint-Germain-en-Laye et dans la vallée de la Seine à l’aval de Verneuil-sur-Seine, elle est plus sporadique ailleurs.

Retrouvez une autre plante souvent naturalisée :

Le perce-neige

Source :

Doronicum plantagineaum, fiche descriptive par le CBNPB

Elinora koehleri

Couple d’Elinora koehleri – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Cette fleur de renoncule offre à ce couple une chambre nuptiale confortable. Si je comprends bien la femelle a trois bandes blanches sur le gastre et le mâle n’en a que deux.

Pour une fois qu’une espèce de symphyte est assez facile à identifier, profitons-en ! Le gros ptérostigma bicolore sur l’aile antérieure, les bandes blanches sur l’abdomen et les couleurs des pattes sont typiques d’Elinora koehleri.

Elinora koehleri – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Au bord du chemin de halage, d’autres fleurs de renoncule sont occupées par des mâles et des femelles de cette espèce. Ils s’enfoncent au cœur des étamines pour y brouter du pollen et semblent prendre beaucoup de plaisir à se vautrer dans la corolle et même s’y assoupir un instant.

La plante hôte des larves de cette espèce est inconnue. Il reste encore du travail pour les chercheurs en hyménoptères !

Vous pourrez admirer ces ravissants Tenthredinidae en mai sur les fleurs des plantes herbacées de saison, essentiellement les boutons d’or, les cardamines, les géraniums sauvages et les pissenlits.

Retrouvez d’autres symphytes :

Cephus pygmeus; la tenthrède du blé

Arge ochropus, la tenthrède du rosier

Lygistopterus sanguineus, la lycie sanguine

Larve de Lygistopterus sanguineus – forêt de Saint-Germain-en-Laye © Gilles Carcassès

Cette larve de coléoptère débusquée sous l’écorce d’un gros chêne abattu en forêt de Saint-Germain-en-Laye a une allure bien singulière. Son dernier segment abdominal orange avec une paire de cerques noirs me la font repérer sur les galeries des coléoptères saproxyliques. Il s’agit d’une larve de Lygistopterus sanguineus, de la famille des Lycidae, dont l’adulte a les élytres rouges. Je ne l’ai pas encore rencontré mais voici l’adulte d’un autre Lycidae très proche et au milieu de vie très semblable : Platycis minutus.

La larve de la lycie sanguine est prédatrice de petits insectes et autres invertébrés qu’elle chasse sous les écorces.

Ne pas confondre avec un ver luisant !

La forme de cette larve rappelle un peu celle des lampyres, grands consommateurs d’escargots. Il s’agit d’une simple ressemblance car les lampyres et les lycies appartiennent à des familles différentes de coléoptères.

Pieris napi, la piéride du navet

Pieris napi- Poissy © Gilles Carcassès

Les pissenlits en fleurs sont très attractifs pour de nombreux insectes qui viennent s’y nourrir. Ici, c’est une piéride du navet qui s’y est arrêtée.

On reconnaît l’espèce aux nervures soulignées de gris verdâtre au revers de ses ailes. Sa chenille n’est pas du tout inféodée aux navets comme on pourrait le penser. Pieris napi est une espèce souvent rencontrée dans les endroits boisés car une de ses plantes hôtes préférées est l’alliaire. Mais elle peut consommer aussi d’autres Brassicaceae sauvages, comme la cardamine des prés. L’adulte butine de très nombreuses espèces de fleurs. Le voici sur une salicaire :

Pieris napi sur Lythrum salicaria – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Retrouvez une autre Pieridae :

L’Aurore

Xylocopa violacea, le mâle

Bravo à Gilles et à Florian qui ont su résoudre l’énigme de la photo mystère !

Xylocopa violacea mâle – Poissy © Gilles Carcassès

Ces antennes noires avec deux articles orange sont celles du xylocope violet mâle, cette grosse abeille solitaire active dès le début du printemps. C’est le critère qui permet de distinguer Xylocopa violacea des autres espèces du même genre, à condition de tomber sur un mâle et de l’approcher suffisamment pour visualiser ce détail !

Au fait, à quoi servent-ils, ces articles orange ?

J’ai trouvé une explication dans la bible des Xylocopinae, et je vous livre dans son jus cet extrait torride :

« Deux des auteurs (Terzo, Rasmont) ont pu observer longuement de nombreux accouplements de cette espèce dans le Var (Gonfaron). Les mâles volent autour puis se posent sur le dos des femelles pendant que ces dernières butinent les fleurs de Wisteria floribunda (Willd.) DC. Si la femelle ne rejette pas le mâle, ce dernier introduit alors ses genitalia. S’en suit alors un comportement singulier. La femelle écarte ses antennes latéralement. Le mâle vient alors toucher les antennes de la femelle en courbant ses propres antennes, à l’endroit précis où ses articles sont de couleur rose, c’est-à-dire au niveau des 11ème et 12ème articles. Le contact des antennes est très bref, à peine une fraction de seconde pendant laquelle le mâle est alors comme secoué d’un violent tremblement. Ce contact se reproduit ainsi de nombreuses fois avant que le couple se sépare. La coloration rose des onze et douzième segments antennaires du mâle semble ainsi témoigner d’une adaptation fonctionnelle impliquée dans la copulation. »

Retrouvez notre article précédent sur cette espèce :

Xylocopa violacea, le xylocope violet

Celastrina argiolus, le petit bleu du mois d’avril

Un bel exemple de dimorphisme sexuel

Celastrina argiolus mâle – Herbeville © Gilles Carcassès
Celastrina argiolus femelle – Verneuil-sur-Seine © Gilles Carcassès

Chez l’azuré des nerpruns, les mâles et les femelles sont faciles à distinguer. Il suffit d’observer le dessus de l’aile antérieure. Si la marge noire est fine, c’est un mâle, lorsqu’elle est large, c’est la femelle. Heureusement, ce papillon nous fait la grâce d’ouvrir ses ailes de temps en temps lorsqu’il est posé, ce que ne fait jamais ce coquin d’argus vert.

Celastrina argiolus est le plus précoce des petits bleus que l’on croise communément en Ile-de-France. Son pic de vol est en avril, alors que celui de Polyommatus icarus est en mai.

Retrouvez un autre Lycaenidae :

Cacyreus marshalli, le brun du pélargonium

Osmia bicolor

Tas de brindilles – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Ratée !

La scène se passe au bord du chemin halage dans un secteur ensoleillé et ratiboisé par les jardiniers. Dans le coin inférieur gauche de cette photo, quelqu’un se livre à des travaux qui attisent ma curiosité. Une sorte d’abeille fait des va-et-vient, chargée de fétus de paille et de petits morceaux de bois et elle les dispose bien serrés en une sorte de tumulus. Au moment où je déclenche, évidemment, elle est déjà repartie chercher le brin suivant.

Osmia bicolor parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Attention, elle revient !

Cette fois-ci, elle est sur la photo ! Et elle a tout d’une osmie. Elle porte entre ses mandibules et ses pattes une très longue brindille, prend son virage avec précision et va positionner son fardeau parmi les autres brindilles en l’agençant soigneusement.

Osmia bicolor parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Ici, elle s’est posée dans un secteur riche en brindilles de premier choix. Pour une fois que le débroussaillage mécanique fait le bonheur d’une petite bête, il faut le souligner !

On voit ses tibias couverts de poils roux qui me permettent de la déterminer : il s’agit d’Osmia bicolor. Osmia cornuta qui lui ressemble, a les pattes noires.

Mais que nous cache-t-elle sous ces brindilles ?

J’ai très envie d’aller gratter, mais je résiste car je ne veux surtout pas désespérer cette pauvre bête qui se donne tant de mal ! La réponse me sera donnée dans les livres. L’histoire est assez étonnante, je vous en fais un résumé à ma façon :

Dès l’émergence en mars, la femelle Osmia bicolor se met en quête d’une coquille vide d’escargot. Elle aime bien celles des escargots des bois ou des haies, ces jaunes ou roses avec ou sans rayures. Quand elle en trouve une à son goût, elle en vérifie l’intégrité et la mobilité. Elle part alors mâchouiller des feuilles de Rosacées et avec sa salive en fait un « ciment végétal ». Elle tartine sa coquille d’un maquillage vert qui lui donne une patine spéciale. Elle tourne la coquille et pénètre au plus profond de la spire où elle dépose, en une trentaine de voyages, du pollen et du nectar récoltés grâce à sa brosse ventrale sur diverses plantes basses comme le pissenlit et le bugle rampant. Elle pond sur la réserve nutritive ainsi constituée un œuf unique et enferme le tout derrière un opercule de ciment végétal. Elle remplit ensuite tout le reste de la coquille de petits cailloux et de débris végétaux qu’elle scelle pour finir en fabriquant un deuxième opercule de ciment végétal. Et pour que sa larve ne soit pas dérangée, elle tourne encore la coquille pour la placer ouverture vers le bas et creuse en sapant le sol de façon à ce que la coquille soit bien basculée et suffisamment enfoncée. Les déblais sont évacués en vol, pour plus de discrétion ! L’ouvrage peut alors être parachevé par un monticule de brindilles grand comme la main, destiné à cacher complètement l’emplacement de la coquille. Avec un tel luxe de précautions, la larve n’est pratiquement jamais parasitée ni consommée par un prédateur. Heureusement, car cette osmie ne garnit dans sa courte vie que cinq à sept coquilles contenant chacune un seul œuf ! Au printemps suivant, les mâles sortent de leur coquille les premiers et se mettent en quête des coquilles hébergeant une femelle. Inutile de perdre du temps : l’accouplement a lieu dans la coquille !

Retrouvez d’autres Megachilidae :

Anthidium manicatum, l’abeille cotonnière

Pseudoanthidium

Source :

Guide des abeilles, bourdons, guêpes et fourmis d’Europe, par Hans Bellmann