Petits fruits sauvages de l’hiver

Rosa canina – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Après les gelées, les fruits de l’églantier, nommés cynorrhodons, font le régal des passereaux. On peut en extraire une pulpe utilisable en succédané de sauce tomate, et aussi la cuire avec du sucre pour en faire de la confiture.

Malus sp.– parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Ce pommier d’ornement a beaucoup produit cette année. Les fruits gâtés par le carpocapse sont tombés et ont pourri au sol. Ce sont ceux-là que les merles piquent avec délice. Dans l’arbre, la chair de ces pommes est sans doute est trop dure.

Hedera helix – Poissy © Gilles Carcassès

En fin d’hiver, quand il n’y a plus rien d’autre à se mettre sous le bec, les étourneaux picorent parfois les fruits du lierre. Mon ex-voisin chasseur (Paix à son âme) me disait que les oiseaux prennent alors le goût de la plante qui n’est vraiment pas fameux, et qu’il ne sont pas bons à manger.

Viscum album – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Les pieds femelles du gui portent ces baies blanches à la chair gluante. Les grives draines et les fauvettes à tête noire s’en régalent. Les graines, présentes dans leurs fientes qui tombent sur les branches, disséminent cette plante parasite.

Enallagma cyathigerum, l’agrion porte-coupe

Enallagma cyathigerum mâle – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

L’agrion porte-coupe est une espèce très commune et abondante aux abords des pièces d’eau naturelles ou artificielles pour peu qu’elles soient suffisamment vastes et ensoleillées.

Le mâle est facile à reconnaître avec son motif en forme de coupe sur le dessus de son deuxième segment abdominal. Il a un comportement territorial, on le voit souvent entre deux patrouilles faire le guet au bord de l’eau perché sur une brindille.

Enallagma cyathigerum femelle – Rosny-sur-Seine © Gilles Carcassès

Chez la femelle, le dessus de l’abdomen est orné de dessins noirs en forme de torpilles.

Retrouvez un autre agrion :

L’agrion à larges pattes

Sources :

Enallagma cyathigerum, fiche descriptive dans l’INPN (Xavier Houard)

Enallagma cyathigerum, dans l’Atlas des libellules d’Ile-de-France

Helvella crispa, l’helvelle crépue

Helvella crispa – Poissy © Gilles Carcassès

Fausse morille !

Le genre Helvella compterait une cinquantaine d’espèces en Europe. Parmi celles-ci, Helvella crispa, l’helvelle crépue, est certainement la plus commune. Ce champignon un peu coriace était consommé avant que l’on découvre que certaines de ses toxines ne sont pas vraiment détruites par la cuisson. Les intoxications lorsqu’elles sont documentées permettent de mieux connaître les risques relatifs à la consommation des champignons. Aussi, si d’aventure vous mourrez des suites d’un repas de champignons sauvages, pensez à le signaler !

Où la trouver ?

L’helvelle crépue pousse en automne au bord des chemins forestiers, mais on peut la rencontrer jusqu’en janvier. Les helvelles sont réputées saprophytes mais selon certaines sources, elles pourraient être aussi mycorhiziennes. Si Helvella crispa est mycorhizienne, alors elle est généraliste puisqu’elle est citée sous les chênes, les hêtres, les saules, les noisetiers, les pommiers, les peupliers, les pins…

D’autres espèces d’helvelles sont printanières, comme la petite Helvella monachella que l’on trouve parfois en nombre non loin des peupliers.

Sources :

Le printemps des helvelles, par Guy Dupuis – Société mycologique du massif d’Argenson

Les champignons ectomycorhiziens des arbres forestiers en Afrique de l’Ouest, par Amadou Bâ,  Robin Duponnois,  Moussa Diabaté,  et al.

Propylea quatuordecimpunctata

Propylea quatuordecimpunctata – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Quel joli dessin !

Je vous ai déjà montré cette coccinelle en version noir et blanc, la voici en jaune et noir, avec un motif très élégant. L’ornementation des élytres de Propylea quatuordecimpunctata est en effet très variable. Ici, elle ne mérite pas vraiment son nom vernaculaire de coccinelle à damier, si ce n’est la proportion à peu près égale entre les parties noires et les parties jaunes.

Sur cette feuille de robinier, elle cherchait sans doute des pucerons, peut-être celui de la luzerne qui attaque parfois les robiniers. Comme Adalia bipunctata, cette coccinelle est élevée et vendue pour protéger les cultures en serres et les vergers.

Retrouvez une autre coccinelle :

La coccinelle à 16 points

Source :

Clé d’identification des coccinelles du Nord Pas-de-Calais, par Bruno Derolez, Nicolas Orczyk, Sophie Declercq

Entomobrya multifasciata

Collemboles sous une écorce – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Une petite famille de collemboles pature paisiblement sous l’écorce d’un bois tombé. Ces arthropodes n’ont pas l’air d’être trop gênés par la lumière, je peux les photographier avant qu’ils déménagent.

Ils portent des dessins noirs en forme d’agrafes sur le dessus du corps et cela me permet d’identifier l’espèce Entomobrya multifasciata, commune dans les stations ouvertes, plutôt sèches et ensoleillées. Il vit dans les herbes, au sol ou dans la litière, consomme des débris de matière organique et parfois du pollen qu’il trouve dans des fleurs. C’est aussi l’une des espèces de collemboles qui fréquentent la poussière des maisons.

Retrouvez un autre collembole :

Tomocerus minor

Sources :

Jean-François Ponge. Les biocénoses des collemboles de la forêt de Sénart. Pesson, P. Actualités
d’écologie forestière: sol, flore, faune, Gauthier-Villars, pp.151-176, 1980. ffhal-00507111

Entomobrya multifasciata feeding on pollen grains in Sweden, par Frans Janssens, Barbro Nedstam, et Kersti Hesseldahl

Tettigometra

Tettigometra virescens – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Armé de mon filet à papillons, j’entreprends de battre quelques touffes sèches de carex au bord d’une mare temporaire. Je récolte un petit homoptère que je place en observation dans mon bocaloscope. Chose rare chez les insectes, les antennes sont positionnées sous les yeux ! Cette caractéristique et le museau pointu m’orientent vers la famille des Tettigometridae.

Vert pomme, avec les pattes brunes : je l’ai déjà vu dans d’autres circonstances, c’est Tettigometra virescens.

Deux d’un coup !

Tettigometra impressopunctata – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Un autre homoptère m’attend au fond du filet. Je pense que c’est une autre espèce dans le même genre, probablement Tettigometra impressopunctata, le fulgore ponctué, que l’on reconnaît à sa couleur et aux fortes ponctuations qu’il présente sur tout le corps.

Ces deux-là sont polyphages et affectionnent les situations chaudes. On sait fort peu de choses sur leur biologie et leur répartition.

Retrouvez un autre homoptère trouvé dans des touffes sèches de Carex :

Kelisia

Orthetrum cancellatum, l’orthétrum réticulé

En Ile-de-France, les émergences de l’orthétrum réticulé commencent en mai et on peut voir les adultes voler jusqu’en septembre. Cet odonate affectionne les eaux stagnantes ensoleillées aux berges peu végétalisées.

Orthetrum cancellatum femelle – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

L’abdomen de la femelle est jaune et noir, celui du mâle gris bleu à pointe sombre.

Orthetrum cancellatum mâle – Cergy (95) © Gilles Carcassès

Ce vieux mâle a perdu deux pattes et une de ses ailes est déchirée. On ne peut pas confondre avec une Libellula car il n’a pas de taches sombres à la base des ailes.

Orthetrum cancellatum (exuvie) – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

La larve aquatique est dotée de solides pièces buccales, c’est une redoutable carnassière ! Lorsque la larve sort de l’eau pour se métamorphoser, elle marche sur le sol sur quelques mètres et grimpe sur une herbe.

Orthetrum cancellatum – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Puis elle s’immobilise, se transforme en nymphe et l’adulte sort en déchirant le dos de l’enveloppe, laissant accrochée à son support la dépouille vide que l’on nomme exuvie. L’espèce étant très commune, les exuvies sont faciles à trouver au moment des émergences, notamment en juin.

Retrouvez d’autres grands odonates du parc du peuple de l’herbe :

L’aeschne mixte

L’anax napolitain

Source :

Orthetrum cancellatum, dans l’Atlas des libellules d’Ile-de-France

L’acarien des céréales d’hiver

Penthaleidae – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Je passe un coup de filet dans la prairie, histoire de découvrir quel genre de bestiole se promène en janvier par 2°. Cette fois-ci c’est un minus que je remonte du fond du filet, il ne mesure pas plus de 0,7 mm de long !

Je zoome à fond pour tenter d’apercevoir quelque chose qui m’aiderait à déterminer ce bidule aux pattes rouges. Sur son dos, je distingue une tache rouge avec un orifice clair en son centre.

Il semble avoir huit pattes, ce serait donc un arachnide.

Penthaleidae – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Cette vue ventrale permet de constater que la tête (en bas sur la photo) est rouge aussi.

Je trouve plusieurs espèces qui lui ressemblent dans l’ordre des Prostigmata, famille des Penthaleidae. Je farfouille dans les publications scientifiques et agronomiques pour en savoir plus. Cette tache rouge sur le dos serait la marque distinctive de l’espèce Penthaleus major, surnommée l’acarien des céréales d’hiver. L’orifice au centre de la tache serait le pore excréteur d’une glande qui produirait un enduit de protection, ou autre chose, ou alors ce serait l’anus.

Cet herbivore aux mœurs hivernales est connu pour faire des dégâts sur les céréales d’hiver et aussi en cultures légumières sous abri sur les épinards, les radis, les laitues, la mâche, les blettes, le céleri, les pois… Il sévit surtout en Afrique du Nord, et en France de façon plus sporadique sur la Côte d’Azur et le littoral atlantique.

Des experts qui se disent plus experts que les autres affirment que le critère de la tache rouge ne serait pas valable pour reconnaître cette espèce, ni même le genre, c’est l’examen des poils sensoriels sur les pattes qui serait déterminant ! J’ai déjà du mal à voir les pattes, j’en resterai donc à la famille.

Retrouvez un autre acarien :

Tetranychus lintearius

Sources :

Penthaleus major revient accompagné, par Anne-Isabelle Lacordaire, Phytoma (octobre 2012)

Acariens sur les cultures d’hiver sous abri, par la Chambre d’Agriculture des Bouches-du-Rhône

Adalia bipunctata, la coccinelle à deux points

Adalia bipunctata – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

Voici la coccinelle à deux points. Facile, me direz-vous, elle a deux points ! Mais que dites-vous de celle-ci ?

Adalia bipunctata – parc du peuple de l’herbe à Carrières-sous-Poissy © Gilles Carcassès

C’est la même espèce, sous une autre forme (noire à quatre ou six taches rouges ou orange) !

Il faut veiller à ne pas confondre cette forme à fond noir avec l’autre espèce du genre Adalia que l’on peut rencontrer en Ile-de-France : Adalia decempunctata. Celle-ci, dans sa forme à fond noir, a généralement le bord des élytres marqué d’une bande claire, et la forme des taches est différente.

Adalia bipunctata est une espèce très commune qui fréquente aussi bien les arbres que les plantes herbacées. Elle consomme surtout des pucerons, mais aussi des psylles, des acariens, des thrips, des cochenilles, du miellat, du pollen et du nectar, des moisissures. Sa larve a un féroce appétit, elle peut détruire jusqu’à 100 pucerons par jour ! Pour cette raison, cette coccinelle peut être utilisée comme moyen de biocontrôle dans les cultures ornementales, légumières et fruitières.

Retrouvez d’autres coccinelles :

La coccinelle des friches

La coccinelle à damier

Source :

Adalia bipunctata, par Encyclop’Aphid

Mythimna l-album, le L blanc

Mythimna l-album – Poissy © Gilles Carcassès

15 juin 2020, au lever du jour

Un visiteur de la nuit s’est endormi sur la porte du poulailler. Le trait blanc sur ses ailes postérieures me permet de l’identifier. Il s’agit de Mythimna l-album, surnommé le L blanc, une noctuelle très commune inféodée aux graminées. Sa chenille brune se nourrit notamment de dactyle et de chiendent.

C’est la chenille qui hiverne, mais elle est parfois parasitée par Ophion obscuratus, un bel Ichneumonidae rouge et blanc qui vient régulièrement à la lumière les soirs d’hiver.

Sources :

Mythimna l-album, par Oreina

Keys for the identification of British and Irish nocturnal Ichneumonidae, Gavin R. Broad